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  • Bénédicte

Chapitre 4 : Billet cosmique

Nous, les femmes en PMA, sommes des prêtresses. C’est une affirmation pure et simple.

À vous, mes amies de PMA, celles qui connaissent les piqûres, les réveils nocturnes, les larmes à toutes les fins de mois ; celles aux espérances ratées, aux inséminations qui ne marchent pas, aux embryons qui n’ont pas tenu ; celles qui vivent avec le mari infertile, l’endométriose … Vous êtes des reines de la confiance. Alors on ne lâche rien. Avoir confiance que la PMA va marcher c’est avoir confiance en soi, en son corps. Être connectées.


Je me rends compte, pour la première fois, de la puissance féminine de mon être.


Attention, lecteurs mystiques, bienvenue dans un billet cosmique !


L’esprit de communauté


J’ai découvert que je pouvais faire partie d’une communauté. D’un groupe de femmes qui se comprennent sans se connaître. Je n’avais jamais vécu ça avant. Je n’ai jamais été gang de filles, je trouve que la série Sex & the City vraiment très bête, je déteste Titanic. Bref … Je ne fais pas des trucs « de meufs », genre une manucure à 2 non merci. Voilà, c’est dit ! On projette beaucoup de choses sur la manière dont les filles/femmes doivent agir entre elles. Je ne me suis, pendant longtemps, jamais sentie à ma place entourée de femmes.

Et là, je suis dans un groupe privé Facebook d’entraide en PMA, j’échange sur Instagram avec des nanas qui vont avoir des échos, des transferts d’embryons, qui sont passées par trois FIV… Je suis très heureuse de ces partages, des prises de nouvelles, des avancées des unes et des autres. On est là dans les bons et mauvais moments. On se prévient quand ça n’a pas marché, on se dit les crises de larmes, les jalousies face aux autres grossesses, on avoue les faux espoirs et les petits + qui apparaissent sur le test de grossesse. On partage notre intimité, on se livre quelque chose de très primaire.

En faisant partie de cette communauté, j’ai l’impression de retourner à un temps passé, où les femmes géraient la tribu. Vous voyez ce que je veux dire ? Une société matriarcale, où la femme est reine. Je me sens comme une amazone. Souriez, vous pouvez ! Moi-même en écrivant ça je me dis que vous allez me prendre pour une folle. Mais quoi ?! Grâce à cette communauté, je me sens plus forte.


La confiance en soi


J’ai toujours été perçue comme ayant du caractère. Et c’est vrai. Je suis du genre ultra-impulsive, un peu colérique et je ne mâche pas mes mots. Beaucoup ont essayé de me calmer, de me faire des remarques, de me « remettre à ma place ». « Bénédicte, c’est la personne qui dit merde aux gens. » Voilà comment on me voit.


Pourtant, acquérir une confiance en moi suffisante pour assumer qui je suis, avec mes défauts et mes qualités n’a pas été évident. J’ai énormément de défauts, vous l’aurez compris. Pourtant, ce trait de caractère fait aussi ma force. Oui, je ne mâche pas mes mots. C’est parfois dur pour mon entourage, mais je suis à 10 000 % honnête. Mon côté impulsif me donne une énergie et une rage de vivre qui m’animent tout le temps. Si je tiens le coup durant la PMA, c’est grâce à ça. Dire merde aux gens me permet d’être entourée de personnes qui seront encore là dans 70 ans.


« I am what I am and what I am needs no excuses ! » Merci qui ? Merci Gloria Gaynor !


Être soi, c’est souvent compliqué. Je dois régulièrement arrêter de me voir comme on veut que l’on me voit, je dois souvent me demander « est-ce que tu veux vraiment faire ça ? ». Cela implique souvent de rompre des liens, de les atténuer, d’aller à l’encontre de notre éducation, de remettre les gens là où il faut. Être soi, c’est assumer nos envies, nos désirs et tous nos défauts. C’est avoir cette épiphanie, ce sentiment d’être à sa place. Vous connaissez ? Hé bien je l’ai vécu il n’y a pas longtemps. J’ai cette rage, cette colère en moi, qui proteste contre certains modèles. Et je ne m’en excuse pas. J’ai trouvé un sens à ce que nous vivons, j’ai trouvé ma voie et découvert que ma voix pouvait faire changer les choses. J’ai appris tellement sur moi. Je crois que quand on vit des moments difficiles, on se révèle à soi et aux autres.


J’ai appris à accepter, à nuancer qui je suis. Et je le ferai jusqu’à la fin de ma vie. Mais je ne changerai pas qui je suis. Je suis bien avec la femme que je suis devenue. Mon désir de maternité, mon infertilité secondaire me construit. C’est grâce à cette épreuve que j’écris, que je m’expose, que je suis à la fois vulnérable et courageuse.


À toutes les femmes en PMA, on est des warriors, on a une force en nous que nous seules pouvons comprendre. Nous sommes connectées à notre être comme jamais nous le pensions être. C’est dur, difficile, parfois humiliant, souvent culpabilisant mais mon Dieu ! Les meufs ! Qu’est-ce qu’on est fortes ! Qu’est-ce qu’on est courageuses ! Vous imaginez la confiance qu’on a en nous-mêmes pour se dire « je vais battre toutes les statistiques, je vais avoir un enfant » ? Certaines d’entre vous sont en PMA depuis 10 ans.

À côté, mon parcours est mignon.


Je suis une femme


Clairement, je suis heureuse d’être une femme. Le genre ne devrait pas nous définir. Mais j’ai découvert que je me sens plus forte depuis que j’assume ma féminité. J’aime tout. Initialement, j’avais écrit « j’aime tout : le bon comme le mauvais » puis après j’ai changé « le bon comme le plus difficile » puis « le facile comme le difficile ». En fait … qu’y a-t-il de facile dans un corps de femme ? Entre nous, on en vit quand même pas mal des trucs dans un corps de femme :

les règles et tous les symptômes possibles ;

le désir d’enfant ou non ;

la soi-disant « horloge biologique »;

l’allaitement ;

les hormones ;

la grossesse ;

l’accouchement ;

les poils ;

la douleur aux seins quand il fait trop froid ;

les protections hygiéniques ;

les douleurs vaginales ;

les pertes vaginales ;

les douleurs ovariennes ;

les frottis…


Vous en avez d’autres ? C’est le moment de faire une liste. Sérieusement. Faites une liste.


Pourtant.


Pourtant, quelle fierté ! Je suis hyper admirative des nanas qui allaitent, j’en suis incapable, je ne me sens pas la force. Je suis hyper admirative des nanas qui à 36 ans affirment haut et fort que non, BORDEL, elles ne veulent pas d’enfants. Je suis hyper admirative de ces nanas qui assument leurs règles, qui en font une force. Je suis hyper admirative de ces nanas l’été qui ont des poils sous les aisselles. La liste est longue. Elle est l’égal de ce qu’on traverse. À chaque difficulté, une force s’y cache. Des femmes arrivent à transcender ces aspects en espèce de boule de feu, comme dans Dragon Ball Z. Et pour elles, parce que je fais partie de leur clan, je me sens plus puissante.


On parle beaucoup de sororité en ce moment. Pourtant, on sait bien que les pires critiques sur les femmes viennent de femmes.

« Ah mais Céline allaite encore son enfant de 1 an et demi ! » ; « Tu as vu Chloé comme elle a pris du poids ? » ; « Tu es sûre de vouloir d’autres enfants ? » ; « Je comprends pas que tu t’occupes de ton fils depuis 8 mois, l’indépendance financière c’est super important… » ; « Tu devrais t’épiler ! » ;« Ça va calme-toi, tu as tes règles ? » ; « Tu es sûre de vouloir prendre le risque de monter ta boîte ? On s’inquiète, tu as quand même un enfant… »


Pourquoi ? Pourquoi sommes-nous médisantes ? On choisit nos combats en oubliant que ces remarques quotidiennes sont intolérables. Je me suis pris les pires trucs dans la gueule par des femmes. Si on arrêtait simplement de se juger ? Pourquoi cette envie de toujours émettre un avis ? Je crois qu’on nous sommes soumises à la frustration, comme à l’école ou à la maison. La parole quand on est enfant est souvent tue alors qu’elle peut devenir un réel épanouissement et source d’imagination. Nous devons réapprendre à désobéir, à se rebeller, à être proches. Entre femmes mais aussi entre tous. L’humanité a besoin de cet excès de tendresse des uns envers les autres. Commençons.

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